L'intercompréhension et le plurilinguisme

Voir cette page sous forme de diaporama. Exporter la page au format Open Document Jean-Pierre Chavagne
30/11/2010 et 01/12/2010
CM de L3 “Apprentissage et didactique des langues”, 1 h 45


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Vers une évolution systémique

  • Un changement de paradigme
  • L'Europe multilingue
  • Parler sa langue, un droit humain
  • Un citoyen plurilingue
  • Des institutions peu innovantes

Diapo 1

Écoutez le cours, les deux premières diapos :search?q=%3Acours%3Addl%3Alingalog_intercomprehension_diapos_1_et_2.mp3&btnI=lucky

D'une époque où on apprenait même pas les langues pour communiquer, on passe à un dialogue planétaire intense, si on veut bien ou si on peut y participer. Il y a aujourd'hui 2 milliards d'internautes et nous sommes à l'ère du Web 2.0 depuis 10 ans.

L’Europe multilingue, avec ses 23 langues officielles, 60 langues régionales et 450 langues du monde présentes significativement sur son sol, se pose un nouveau problème de politique linguistique et demande à ses système éducatifs d'y répondre. L'innovation est depuis toujours un processus difficile.

Des langues qui n'étaient pas écrites le sont aujourd'hui grâce à Internet. Personne ne veut perdre sa langue. La défense des langues en voie d'extinction est un combat qui relève des droits humains. L'anglais n'a plus la prétention de devenir une langue universelle.

Devant de tels changements, le profil du citoyen européen te du citoyen du monde se dessine comme celui d'une personne qui comprend beaucoup de langues et qui en parle quelques unes, en fonction de nos capacités, qui sont limitées.

Ces changements considérables ont des conséquences dans tous les domaines, et, dans les systèmes éducatifs, ils bousculent les pratiques en matière de pédagogie des langues. Les notions habituelles de langue maternelle, langue étrangère, langue seconde, etc. ne sont plus pertinentes. Les notions de frontières et d'étranger non plus. Il suffit de regarder le public des universités aujourd'hui : 20% d'étudiants “étrangers” à Lyon 2, soit 5000 personnes parlant plus d'une centaine de langues. Or, ce basculement dans le 21e siècle n'empêche toujours pas d'enseigner les langues comme au 18e siècle dans la plupart des cas. Chacun peut s'interroger sur son expérience d'élèves et d'étudiant et se demander si le changement de paradigme a influencé les apprentissages que lui proposait l'institution.

Definitions

  • plurilinguisme, multilinguisme
  • intercompréhension, intercommunication
  • compétences plurielles

Diapo 2
On parlera du plurilinguisme des personnes et du multilinguisme des espaces géographiques, par exemple. Dans le plurilinguisme, il y a des liens entre les langues, elles se retrouvent dans les compétences d'un personne ou d'un groupe de personnes. Dans le multilinguisme, le nombre de langues suggéré est plus grand et on ne retrouve pas nécessairement des compétences de toutes les langues sur les mêmes personnes. L'Europe est un espace multilingue. Et nous sommes tous plurilingues, parce que nous avons des compétences variées dans diverses langues.

L'intercompréhension est, en didactique des langues, une pratique qui consiste à continuer à parler sa langue avec des interlocuteurs d'autres langues qui font de même. Elle s'applique aussi à la préparation de cette pratique qui est un apprentissage de la seule compréhension, de l'écrit d'abord puis de l'oral, d'autres langues, séparément ou simultanément. Il ne s'agit pas seulement de communiquer, l'intercompréhension a l'ambition de comprendre et a une dimension interculturelle.

Le CARAP et les compétences plurielles : un Cadre de Référence pour les Approches Plurielles des Langues et des Cultures. Les approches plurielles et l'intercompréhension se recoupent dans l'apprentissage simultané de la compréhension des langues romanes.

L'intercompréhension en langues romanes

  • Deux courants précurseurs
    • Les scandinaves
    • La tradition universitaire allemande
  • Premiers projets
    • EuRom4
    • EuroComRom
    • Galatea
    • Comprendre les langues romanes
    • Itinéraires romans

Diapo 3
Écoutez le commentaire : search?q=%3Acours%3Addl%3Alingalog_intercomprehension_diapo_3.mp3&btnI=lucky

La Suède, le Danemark et la Norvège forment un sous groupe dans les pays de langues germaniques. Les trois langues sont suffisamment proches pour qu'il ne soit pas nécessaire de s'exprimer dans la langue de l'autre pour se faire comprendre. Depuis plus d'un siècle, l'école de ces pays renforce cette situation en faisant travailer les élèves sur les deux autres langues. (J∅rgen Schmitt Jensen, p. 9, préface de Comprendre les langues Romanes, Chandeigne, Paris, 2004)

Au 19e siècle les universitaires allemands inventent la romanistique, science de la ressemblance des langues romanes, pendant que les Romanophones continuent de cultiver leurs différences. C'est Frierich Diez qui publie des ouvrages sur les langues romanes en 1836 et 1863 et qui en sera inspirateur.

Dans les années 80/90, des équipes de recherche française et allemandes mettent en pratique la connaissance des langues romanes pour les enseigner simultanément et en compréhension. Louise Dabène, de Grenoble 3 écrit en 1975 un article historique qui aboutira à un projet européen, Galatea, qui produira 7 CD-Rom, chaque CD destiné à apprendre à lire en autoformation une langue romane autre que la sienne. Claire Blanche-Benvéniste réunit autour d'elle à Aix-en-Provence les chercheurs qui réalisent EuRom4, un livre et un CD-Rom destinés à l'apprentissage simultané en classe de la compréhension de trois langues romanes autre que le sienne.

L'article fondateur de Louise Dabène : Dabène, L. (1975). "L'enseignement de l'espagnol aux francophones : pour une didactique des langues voisines". Langages, 39, 51-64.

EuroComRom, un projet de l'Université de Francfort, mettra au point une méthode de lecture des langues romanes appelée Les sept tamis.

L'Union Latine, directement intéressée par la diffusion des langues romanes, a mis en ligne au fil des années des contes en 6 langues avec des affectivités interactives destinées à un public jeune : Itinéraires Romans.

Une langue romane est une langue issue du latin. Voyez ce dossier : Langues romanes - Accueil Et une langue germanique est une langue de la famille de l'anglais et de l'allemand. Les langues scandinaves sont des langues germaniques. Voyez ce site pour les langues germaniques : http://www.statvoks.no/sigurd/index_enter.html

Une deuxième perspective

  • Projets fondés sur le dialogue
    • Galanet
    • Galapro
    • Lingalog
  • Organisation en réseaux
    • Redinter
    • Amérique du Sud

Diapo 4
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Les mêmes équipes européennes, y compris Lyon 2, qui avaient produit Galatea se sont trouvées devant l'évidence de l'utilisation des TIC pour faire communiquer leurs étudiants formés à la compréhension des autres langues romanes. Le projet Galanet sera réalisé entre 2001 et 2004. Un formation sur cette plate-forme existe à Lyon 2 depuis septembre 2004 sous le nom d' “Intercompréhension en langues romanes”.

La plate-forme Galapro est le résultat d'un autre projet par les mêmes équipes (2008-2010), auxquelles est venue se joindre une université de Roumanie (Iaşi). La plate-forme est utilisée pour la formation de formateurs à et par l'intercompréhension.

Un réseau européen d'intercompréhension (Redinter) est aujourd'hui constitué, dont le but est d'aider à la création de formations à l'intercompréhension en Europe. Un réseau semblable tente de se mettre en place en Amérique Latine.

La plate-forme Lingalog, sur laquelle se trouve cette présentation, est un projet d'un autre type, une plate-forme d'expérimentations et d'apprentissage, un banc d'essai de l'autonomie solidaire, entre étudiants et entre enseignants. Elle est aussi un centre de ressources pour l'intercompréhension et le plurilinguisme.

La romanophonie, ou Romania Nova

  • Un milliard de Romanophones
  • 67 pays
  • Un continuum linguistique
  • Le rêve romanophone…

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La Romania Nova est l'espace géographique sur lequel sont parlées des langues romanes aujourd'hui, par opposition à la Romania Antiqua. On pourrait parler de romanophonie. Cette romanophonie constitue un bloc plus important numériquement que celui de l'anglais.

Le nombre de langues romanes est relativement faible, avec 6 langues principales et quelques dizaines de langues régionales, comparé par exemple aux langues bantu qui sont au nombre de 450. Leur ressemblance sont très grandes et elles constituent un continuum linguistique. Une décision politique pourrait les faire considérer comme une seule langue, si on compare à l'ensemble des aspects de la langue arabe.

Il parait utopique d'imaginer que tous les romanophones parlent leur propre langue avec d'autres romanopohones qui font de même, mais c'est un but parfaitement atteignable par l'éducation, plus facilement que de s'évertuer à leur faire parler l'anglais.


Idées reçues sur l'enseignement des langues

  • Le mythe du locuteur natif
  • Le sentiment de ridicule
  • Le culte exacerbé des différences, les faux-amis
  • La demande de bases et de grammaire
  • L’obligation de mener toutes les compétences de front
  • La peur des mauvaises habitudes
  • Le passage à l’acte tardif

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Même si c'est de façon caricaturale, chacun reconnaîtra des représentations qu'il a vécu pendant son apprentissage des langues dans le système scolaire et universitaire français. Et c'est un peu la même chose dans le mode entier. C'est en tout cas le modèle dominant, et malgré son inefficacité, il semble fait pour durer encore longtemps.

Le mythe du locuteur natif est ce rêve entretenu par le système qui fait croire à l'élève ou à l'étudiant qu'il devra parler un jour comme un natif. La distance est si grande et la difficulté telle qu'un sentiment d'échec fait vite place au rêve dans la plupart des cas.

Le sentiment du ridicule est entretenu par les moqueries dans nos classes de langues, des autres élèves, mais parfois aussi des professeurs.

On se focalise sur les faux amis, que tout le monde fini par connaître, et on dépense une énergie à les répéter (exemple de constipación en espagnol) et on exacerbe ce culte des différences au détriment d'innombrables ressemblances qui facilite l'apprentissage. Autre exemple en espagnol : ça fait mieux d'employer empezar et pas comenzar, parce que comenzar est trop proche du français.

Bien que les élèves ou les étudiants pensent majoritairement que la meilleure manière d'apprendre une langue, c'est de vivre dans le pays où elle est parlée, ils n'en continuent pas moins à demander à apprendre des bases et à faire de la grammaire, et déclarent que s'ils avaient les base et la grammaire, ils parleraient mieux. Ce n'est pas complètement faux, mais il y a tout lieu de penser que la vraie base de l'apprentissage d'une langue, c'est l'interaction.

Les programmes continuent de proposer d'apprendre tout en même temps en apprenant une langue : compréhension de l'écrit et de l'oral, et expression écrite et orale. C'est, pour certains, un pari impossible, surtout avec l'environnement d'apprentissage qui est proposé : salle de classe uniquement, aucun contact avec des natifs.

La peur de prendre des mauvaise habitudes, de prononciation, etc., est ressentie. Or, on ne peut éviter que les premières expressions soient fortement fautives. Les plus grands violonistes ont commencés par faire des couacs, il en est de même des personnes qui parlent des langues qui ne sont pas les leurs.

Et, dans l'enseignement traditionnel, le passage à l'acte est tardif. Il est même censé se produire quand l'apprentissage est fini. Or, une des règles de l'apprentissage semble être qu'il faut faire ce qu'on veut apprendre pour apprendre à le faire. Ainsi, l'enseignement traditionnel des langues prépare davantage à l'acte communicatif qu'il ne le fait pratiquer.

L'intercompréhension comme nouvelle approche

  • On commence par la compétence où des objectifs sont rapidement atteignables
  • Le passage à l’acte communicatif est alors possible dès le début
  • On dissocie et on hiérarchise des objectifs
  • On associe les langues qu’on connaît sans crainte de mélanger

Diapo 7
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L'intercompréhension ne prétend pas remplacer ce qui existe. Elle peut être considérée comme une nouvelle approche. Libre ensuite à qui le désire de continuer à étudier plus profondément une langue qu'il a commencé à comprendre.

La compétence de compréhension de l'écrit est la plus facile, pour tous les lecteurs et pour toutes langues. Les objectifs de compréhension de l'écrit sont de loin les plus faciles à atteindre, et le plus rapidement. Si on avait consacré l'effort institutionnel pour seulement comprendre l'écrit en anglais, toute la population française le lirait sans problème, alors qu'en poursuivant les quatre compétences pendant environ 1000 heures de cours, une grande partie des élèves et des étudiants n'ont atteint aucune compétence de manière fonctionnelle.

L'oral n'est pas exclus mais tout dépend du projet : exemple des CD de compréhension du hongrois, du tchèque et du polonais, “Écouter pour comprendre”, produits par l'Université Nancy 2.

Galanet

http://www.galanet.eu

  • Le scénario pédagogique
    • 4 phases
      • Briser la glace
      • Remue-méninges
      • Collecte de documents et débats
      • Dossier de presse
  • Une session
    • 12 semaines
    • n équipes
    • production collective
    • travail local et à distance

Diapo 8
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Des étudiants des toutes les langues romanes de la plate-forme (6) sont mis en relation pour la réalisation en commun d'une publication en ligne au cours d'un semestre de travail et d'interactions, chacun s'exprimant dans sa langue et très majoritairement par écrit.

Le contenu est entièrement apporté par les personnes en formation, en opposition totale avec l'enseignement académique.

Parcours sur la plate-forme Galanet

  • La page d’accueil
  • Choix de la langue de l’interface
  • Les sessions : en préparation, en cours, terminées
  • La session
    • Le forum
    • Les espaces de partage
    • Les tchattes
    • L'espace d'autoformation

Diapo 9
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On peut faire un parcours sur la plate-forme Galanet sans y être inscrit.

Autres exemples de dialogue en intercompréhension


Diapo 10
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L'intercompréhension est possible entre deux langues de familles différentes. On le voit entre le français et l'anglais sur le site Cultura et entre le français et le coréen sur le site Lingalog, ce qui est un situation extrême, car les langues n'ont rien de commun, et pour arriver au stade où l'intercompréhension est possible, il faut beaucoup de travail.

Quels apprentissages ?

  • La médiation et l'interaction
  • le dialogue, la négociation
  • le travail de groupe
  • la responsabilisation
  • la sociabilisation/socialisation
  • la valorisation de l'expression

Diapo 11
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On parle ici de la perspective d'apprentissage par le dialogue, de type Galanet.

Quels Objectifs ?

  • Linguistiques
    • CE et CO seulement
    • Les plus faciles à évaluer
  • Culturels, interculturels
    • Pratique de l’interculturel, apprentissage de la rencontre
    • Difficile à évaluer
  • De formation générale
    • Travail collectif
    • Éthique : très difficile à évaluer

Diapo 12
search?q=%3Acours%3Addl%3Alingalog_intercomprehension_diapo_12.mp3&btnI=lucky

Les objectifs linguistiques se limitent à des objectifs de compréhension de l'écrit et de l'oral. On peut imaginer des objectifs de production écrite seulement dans la langue de l'étudiant.

Les objectifs culturels sont des objectifs pratiques : être capable de dialoguer avec une personne de culture différente. C'est la pratique de l'interculturalité.

Des objectifs de formation générale portent sur le comportement en groupe, et les qualités nécessaire pour l'échange interculturel. Des valeurs entrent en jeu qu'il est hors de question d'évaluer, mais qui sont l'aspect le plus fondamental dans une optique humaniste.

Défauts et risques

  • Défauts de ce qui est vivant
    • Les imprévus
    • Le fouillis
    • L'à-peu-près
  • Risques
    • qu’il ne se passe rien, que les participants ne jouent pas le jeu, que le contenu soit pauvre,
    • qu’il y ait des dérapages idéologiques,
    • que les points de vue se radicalisent,
    • qu’une hostilité s’installe,
    • que des fautes subsistent.

Diapo 13
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La question des fautes est parfois choquante, surtout pour les enseignants. Or, elle donnent la possibilité d'une nouvelle compétence, que nous avons tous dans notre langue, et qui est celle de pouvoir lire des écrits pleins de fautes en les comprenant. Le faire dans une autre langue que le sienne est une compétence de lecture évoluée.

Sitographie


Bibliographie

Des manuels

  • MEISSNER, Franz-Joseph, MEISSNER, Claude, KLEIN, Horst, STEGMANN, Tilbert.- Introduction à la didactique de l’eurocompréhension, EuroComRom. Les sept tamis. Lire les langues romanes dès le début.- Aachen : Shaker-Verlag, 2004.
  • BLANCHE-BENVENISTE, C. et al., Eurom4 : méthode d’enseignement simultané des langues romanes, La Nuova Italia Editrice, Firenze, 1997.
  • TEYSSIER, Paul, Comprendre les Langues Romanes, du français à l'espagnol, au portugais, à l'italien et au roumain : méthode d'intercompréhension, Chandeigne, Paris, 2004
  • Manual Interlat, de Gilda Tassara Chavez, Patricio Moreno Farias, Ediciones Universitarias de Valparaiso, Valparaiso (Chili), 2007.

Fin

Merci de votre attention.

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