L'intercompréhension : un art du dialogue mondialisé

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Jean-Pierre Chavagne jpc 27/05/2011

Jornadas de las TICS, UNC (Universidad Nacional de Córdoba)
(26, 27 et 28 mai 2011)


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Proposition initiale :
Dès qu'on utilise une langue, tout acte d'expression ou de réception est dialogue. Mais ce dialogue, dès que les interlocuteurs n'ont pas la même langue pour langue maternelle, n'a jamais été facile, ou a été réservé à quelques uns. Dans nos pays monolingues, l'arrivée (pour l’instant timide) de l'intercompréhension comme façon de dialoguer, au sens large du mot, avec les personnes comme avec les textes, apporte-t-elle au monde un nouvel art du dialogue entre les peuples et les cultures ? Les technologies de l'information et de la communication permettront-elles de le développer ?

Valeurs et intercompréhension

  • humanisme
  • éthique
  • démocratie
  • pédagogie et TIC

Dans mes présentation précédentes ou articles sur l’intercompréhension, j'ai toujours senti le besoin de glisser vers la fin une petite envolée ayant trait à l’humanisme et à l’éthique. Je ne suis pas le seul. L’intercompréhension porte en elle-même des promesses de valeurs, qui en font le meilleur argument de sa généralisation. Aujourd’hui, grâce à cette belle occasion qui m’est donnée par les organisateurs de ces journées sur les TIC de Córdoba, puisque l’intercompréhension n’est pas sans rapport avec les TIC, je voudrais inverser les proportions et consacrer l'entièreté de ce que je vais dire à l’aspect prospectif, philosophique de l’intercompréhension, surtout quand on la pratique avec les TIC.

Bien que je ne sois jamais venu à Córdoba, ni même en Argentine, j'ai travaillé avec des personnes d'ici, depuis plusieurs années, au moins 5 personnes. Il y a dans cette région comme un foyer d'intercompréhension, et ce qui est rare, c'est que deux types de pratiques s'y rencontrent, représentées par Galanet et InterRom.

On dit que les TIC détournent les gens vers des relations virtuelles, mais sans elles, les TIC, je ne serai pas ici et il n'y a rien eu de virtuel dans notre travail, si ce n'est l'espace.

Pour moi les TIC sont les technologies de l'Intercompréhension dans ce cas, et ça vaut la peine de remarque que TIC et IC sont nées en même temps ou presque, dans les années 90, si je ne parle que d'Internet.

Pour donner un exemple vivant de ce mariage de l'intercompréhension et de des TIC, je vais faire allusion à une collègue Curitiba qui a découvert les deux en même temps, et est à l'origine d'un autre foyer d'intercompréhension en Amérique Latine. Dans ce cas, ce qui m'arrête, c'est que ces motivations, et elle insiste pour le dire, n'avait rien à voir avec la didactique, et je l'interprète comme un élan d'empathie.

Empathie, dans le vocabulaire que depuis 1909, ce mot suit l’évolution de l’homme et on peut rêver d’un monde futur qui serait empathique. l’empathie est une attention à l'autre, une version évoluée de la sympathie, permet de lire l’autre

Et l’entropie est le complément de l'empathie, la mesure de l'incertitude, du désordre : la WebQuest réduit l'entropie.

Humanisme : les grands humanistes avaient appris le latin, le grec et l'hébreu. L'humaniste d'aujourd'hui sera peut-être celui qui comprendra 50 langues.

Il y a une perte de sens des mots “étranger” et '“frontière”. Rien der ce qui est humain ne m'est étranger, pour reprendre le vers de Térence. Les pays se regroupent. L'international cherche à être la règle. Les universités montrent l'exemple. Aujourd'hui, une langue, peut-elle être étrangère.

A sa manière l’intercompréhension est aussi un déplacement de la forme vers le sens. La forme a eu la part belle dans les études des décennies qui précèdent, mais maintenant elle doit céder la place au sens, au contenu. Ce qui ne l’empêchera pas de faire l’objet d’un apprentissage rigoureux.

Autonomie : agir « de soi-même », on n’est pas loin de l'individualisme, d’où l’idée d'autonomie solidaire
valeurs de l’autonomie : - le choix – la propriété de soi - l’initiative individuelle

TIC et intercompréhension

  • TE
  • TA
  • TD
  • TI

Beaucoup d'autres noms et sigles sont possibles. Le plus logique semble “technologies culturelles et cognitives”.

Esprit, apprentissage, dialogue, intercompréhension

Difficiles à définir : esprit, pensée, intelligence, idées,…

Ars Industrialis appelle les tics les « technologie de l’esprit » et dit que l’écriture est une technologie de l’intellect déjà bien avant que naisse l’informatique

La relation de l'intercompréhension avec les TIC est plus franche que la relation de l'enseignement traditionnel avec les tic. En effet, elles heurtent l’enseignement traditionnel. (cf. Duvauchelle) L'école individualise et met en concurrence, et elle sélectionne, elle tri, elle élimine. Au contraire, les TIC rassemblent : “Or il me semble que les technologies qui se développent sont à l'opposé du modèle scolaire : la réussite scolaire est vécue comme individuelle, l'enseignant exerce souvent sa profession dans une certaine solitude (pas ou peu de temps de concertation au collège et au lycée), le modèle dissymétrique maître élève est dominant, etc. Or l'interactivité, la communication interindividuelle, la collaboration sont des valeurs portées par le “web social” qui vont à l'encontre de la “forme scolaire” canonique. La fonction sociale de l'école est plus souvent vécue comme une fonction de tri plutôt que d'intégration. Or la socialisation et la sociabilité se développent désormais de plus en s'appuyant sur les services offerts par les technologies.” (Bruno Duvauchelle, Editorial - N°74, Édition du 24-06-2006, Le Café Pédagogique)

Dialogue

  • Tout est dialogue
  • Le monde de l'intercompréhension
  • La logique de l'intercompréhension
  • Le dialogue planétaire

—-

Tout est dialogue. “Ils étaient vivants et ils m'ont parlé” (H. Miller).

Le monde de l’intercompréhension est déjà trop vaste pour qu’une seule personne puisse tout maitriser et pourvoir accompagner tout ce qui se fait dans le domaine. En fonction de cette abondance, je me suis davantage tourné vers tout ce qui est dialogue, plutôt que vers ce qui est une préparation au dialogue (méthode livresques). Il existe déjà un continuum de pratiques das le petit monde de l'intercompréhension (0,1% des étudiants touchés). En gros, deux groupes: la préparation classique et le dialogue direct, parfaitement compatibles. Les TIC sont utilisées ou non dans le groupe 1 et toujours dans le groupe 2.

La logique de l'intercompréhension n'est pas de l'imposer partout systématiquement. Ce n'est que la meilleure solution dans certains cas, et il faut espérer qu'elle soit la pratique logique dans ces cas-là. Mais c'est surtout pour ses vertus formatrice qu'elle sera préférée das les systèmes éducatifs. Tout existe : on a vu des espagnols qui correspondent avec des Tchèques tout en anglais, et ce pour apprendre l'anglais. Mais aussi Gilberte Furstenberg et le projet Cultura.

Le dialogue planétaire ne peut se faire qu'en intercompréhension.

Homère se vend encore dans les rues d'Argentine !

Ce qui est virtuel, ce n'est pas le dialogue, c'est l'espace.

La scriptomasse

  • Depuis les cunéiformes
  • Jusqu'au Web
  • Une masse vivante
  • Le dialogue de l'humanité
  • Les pratiques de lecture

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On se représente aujourd’hui beaucoup mieux la scriptomasse que dans tous les temps qui ont précédé. C’est pourquoi il est intéressant d’avoir un mot pour la désigner. Elle est énorme. Elle donne une nouvelle dimension à la lecture. Le lecteur d’aujourd’hui s’attaque à la scriptomasse avec les outils d’aujourd’hui, et avec son apprentissage très peu différents de celui d’autrefois. L’enfant a un nouvel intérêt à s’adonner à la lecture nouvelle formule. Les bons élèves seront toujours de bons lecteurs. Lorsque on distribue à des enfants des ordinateurs connectés, ils deviennent assez rapidement de meilleurs lecteurs que les autres. La meilleure performance en lecture c’est la Corée (cf . Enquête ?) et c’est aussi le plus fort taux d’internautes.

Continuum d'intercompréhension : la parenté des langues, la connaissance de certains, la traduction, un ensemble dont rien n'est détaché. Le monde, c'est la foule de Surowiecky.

Les nouvelles structures sociales

  • Linux, un modèle qui marche
  • Les révolutions de 2011
  • Réenchanter le monde
  • Ont-ils besoin de nous ?

Les réseaux de développeurs de logiciels libres.

Les révolutions arabes e Tunisie, Egypte, Lybie,… n'auraient pas eu lieu sans Internet.

le modèle contributif des réseaux intelligents (smarts grids) : non centralisés, etc.

Le court terme (court-termisme, court-termiste), est un manque de soin, une rentabilité, une spéculation, un résultat purement financier.

p. 94 et 123 : pratiques sociales du numérique B. Stiegler réenchanter le monde par le numérique (p. 123)

Allusion aux “collèges invisibles”.

On peut se demander si les futurs membres des réseaux contributifs qui sont actuellement nos élèves ou nos étudiants, ont réellement besoin de nous pour acquérir les compétences nécessaires. C'est là que l'intercompréhension et ce qu'elle apporte de formation comportementale justifie notre existence de prof :) L'attention
p. 129 et suivantes, B. Stiegler : La radio en 1920, la télévision en 1950, l’Internet en 1990, sont apparu comme des déstabilisateurs de l’attention, par la canalisation constante de l’attention qu’ils imposent. L'attention, c’est se concentrer sur un objet ou en prendre soin. Il y a destruction de l’appareil psychique et de l’appareil social, et donc reconstruction dans un autre système d’un autre modèle (le fameux changement de paradigme). Le nouveau système est psychotechnologique et sociotechnologique.

Compétences

  • choisir sa/la langue dans le dialogue
  • exploiter ce qu'on sait
  • pratiquer la médiation
  • interagir pertinemment

Que leur apprend-on ?

En tout cas notre but n'est pas qu'ils “communiquent”.

Communiquer / Comprendre

  • L'anglais pour communiquer
  • Notre langue pour être compris
  • Le contenu avant toute chose
  • Les technologies de l'esprit

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Les groupes de développeurs des logiciels libres, ont créé en commun des œuvre énorme, représentant ds milliers d’heures de travail et ils ont communiqué pour ça la plupart du temps en anglais, sans que l’anglais soit nécessairement leur langue, mais dans un anglais qui répondant à ce besoin, et qu’ils ont le plus souvent appris pendant leur interactions sur des forums.

Il serait difficile et même impossible sans doute de faire la même chose sur le plan de la compréhension puisqu’il faudrait en apprendre bien davantage en anglais.

C’est pourquoi nous pensons qu’il faut le faire dans sa langue dans un monde prêt à nous comprendre. Sachant aussi qu'il faut que ça vaille la peine. Si on lit encore aujourd’hui l’Iliade et l'Odyssée en grec ancien, c’est à cause de la qualité du texte. “Ce ne sont pas les mots qui créent l'Iliade” (Paul Claudel) : le sens passe avant le code.

La compréhension va plus loin que la communication et elle fait partie des évolutivités de l’esprit . C’est pourquoi, nos TIC, si on continue à les appeler comme ça, sont froides, et qu’il vaudrait mieux les appeler les technologies de l’esprit, comme le fait l'association Ars Industrialis.

L’information se consomme, la communication se produit : dépasser cette opposition, ce que le Web permet : produire l'information.

Conclusion

  • Le rêve romanophone serait un apprentissage d’une empathie planétaire.
  • Décompartimenter, décentraliser, déscolariser, désacadémiser

Le rêve romanophone, c'est l'idée d'exposer les écoliers de tous les pays romanophones aux autres langues romanes que la leur.

Bibliographie

  • DE ROSNAY, Joël, L’homme symbiotique, Paris : Seuil, 1995
  • LÉVY, Pierre, Cyberdémocratie, Paris : Odile Jacob, 2002
  • MORIN, Edgar, La voie pour l'avenir de l'humanité, Paris : Fayard, 2011
  • RIFKIN, Jérémy, Une nouvelle conscience pour un monde en crise - Vers une civilisation de l'empathie, Paris : Les liens qui libèrent, 2011

Bibliographie (fin)

  • SERRES, Michel, Hominescence, Paris : Le Pommier, 2001
  • STEIGLER, Bernard, Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue - De la pharmacologie, Paris : Flammarion, 2010
  • SUROWIECKY, James, La Sagesse des foules, Paris : J.-C. Lattès, 2008